Une minute d'Eternité

Publié le par Sarah Lama

 

« Elle est retrouvée.

Quoi ? - L'Eternité,

C'est la mer allée

Avec le soleil. »

[Rimbaud] ~ Derniers vers


I
l est de ces moments d'une fulgurante magie dont on aimerait qu'ils durent éternellement tant ils sont beaux, où l'on se sent plus apaisé qu'on ne l'a jamais été, où l'on se croit capable de gravir des montagnes à la hauteur titanesque et aux chemins plus escarpés que jamais, où l'on veut juste oublier toute forme de frustration quelle qu'elle soit, et se laisser aller à goûter à ce bonheur interdit qui nous a toujours fait défaut, ce bonheur à la saveur de paradis et aux relents d'exotisme. Il est de ces moments d'une telle tendresse et d'une telle candeur dont on aimerait que cette personne qui nous prend amoureusement l'épaule soit la bonne personne, où l'on a l'amère impression de se noyer sans vergogne dans une vague d'émois absurdes et ineptes, où l'on se substitue à une sorte d'allégorie de la faiblesse pure, mais où l'on se voit si fort et si comblé que plus rien d'autre que l'instant présent, dans toute sa sauvage beauté, n'a d'importance.

« Dis, est-ce que tu m'aimes ? »

« Bien sûr que non. »

Un souvenir peine à se frayer un chemin dans ma mémoire trouble, se glissant voluptueusement entre ma douleur vaine et ma joie si brute, tâchant de quitter les recoins bien trop sombres de mon passé qui l'effraient, afin de rejoindre la scène nettement plus lumineuse de mon présent. Je perds pied et sombre dans les méandres de mon propre coeur, en le revoyant debout, droit et solennel, la brise automnale faisant danser voluptueusement ses mèches d'un brun chaud baignées d'une lumière vive. Il se tient face à moi, de la plus parfaite immobilité, si stoïque même qu'il m'apparaît semblable à une statue de marbre, et tous ses traits d'une extrême finesse se gravent dans mon esprit, tandis que j'inspire à grandes goulées l'air qui me fend le visage avec une violence inespérée. Dans un élan de bonté, un sourire malicieux, et même certainement ironique, vient caresser ses lèvres aux courbes divines. Je veux me noyer dans sa bonne humeur, qui irradie telle la lumière chaleureuse de l'astre divin dont les rayons dorés caressent nos deux peaux qui se confondent désormais, s'avalant l'une l'autre pour ne plus former qu'un corps bercé d'un amour trop pur pour être bien réel. Nouveau sourire de sa part ; des fossettes ravissantes, ces petites crevasses de la joie, se forment avec une grâce céleste sur ses deux joues maigres au teint rose. Son regard, plus sombre même que l'ébène, ne me quitte plus, et je le sens qui me transperce en plein coeur avec la force et l'ardeur de la lame aiguisée d'un glaive. Ô toi, qui engloutis l'univers de tes iris de geai, me laisseras-tu seulement te désirer, et si je ne le puis plus, t'admirer alors avec d'autant plus de force ? Je me consume, à l'image de ta dernière cigarette, mon âme s'évapore et s'enroule comme ses effluves, comme j'aimerais que tu me retiennes de nouveau au creux de tes bras ... Abandonne-moi à mon amour, et si cela te laisse indifférent, laisse-moi mourir avec mes rêves d'enfant, laisse-moi juste respirer ton odeur, laisse-moi retrouver ce courage qui me fait défaut. Aime-moi.

 

J'aurais tant aimé laisser mon coeur épancher cette souffrance qui continue de l'oppresser, et achève de me détruire peu à peu. J'aurais tant aimé que les mots sortent, dans leur plus innocent état. J'aurais tant aimé que tu comprennes, que tu perçoives le sens de ce sourire mystérieux qui, parfois, encombre mes traits à un point tel qu'il parvient presque à me rendre belle. Divinité rayonnante, astre de mes nuits, répands sur moi ta tendre félicité, pleus sur moi, innonde-moi simplement de ta grâce ! Qu'enfin, je parvienne à avancer à tes côtés, sans jamais plus te regarder, uniquement avec la certitude que tu me retiendras lorsque je faillirai. Quand le temps cessera-t-il donc de nous prendre notre propre temps ? Sur cette minute d'Eternité, je me laisse simplement vivre et ensevelir par ton amour. Toi, frémissant de superbe, je te vois projeter ton visage d'enfant en arrière, te laisser voguer dans le ciel dont l'infini bleuté nous fascine l'un tout autant que l'autre, tandis que tes cheveux sombres balaient ton front, et je ris, amusée de ta candeur. Tendant fébrilement la main vers la voûte parsemée de nuages spongieux à la blancheur irréelle, tes lèvres se tordent en un sourire où je peux lire tout ton envoûtement. Moi, soumise à ton bon vouloir et à ta magie, je lève à mon tour les yeux, mais, éblouie par la surabondance de lumière que projette avec insolence ce soleil doré, je me cache dans le creux de ton cou, avec l'espoir de ne plus jamais le quitter. Alors, certainement compatissant, certainement aimant, tu m'attires près de toi un peu plus, tu m'enserres comme par peur que je m'enfuisse, tu inscris ta peau dans la mienne à jamais, hiéroglyphe sacré sur le satin parcheminé de mon corps.

 

Le temps semble s'être arrêté, troublé par ces deux corps frêles qui se tiennent ainsi enlacés, comme pour s'insuffler l'un l'autre une douce mais éphémère chaleur. C'est ma minute d'Eternité, notre minute d'Eternité. Ces instants que l'on aimerait prolonger à l'infini, pour ne jamais les oublier. M'oublieras-tu, moi, lorsque le soleil laissera place à la lune ? Lorsque la nuit obscurcira nos visions, penseras-tu tout de même à moi, malgré la pénombre naissante, gravant en nos être un lourd sentiment d'insécurité ?

« Monsieur Constant ... »

Ton nom bien pompeux à mon goût mérite bien d'être précédé de ce noble "Monsieur". Et la noblesse qui émane de toi n'est-elle pas suffisante afin de justifier ce ridicule sobriquet ? Tu sais, j'aimerais encore me blottir contre toi, fumer avec toi ma première cigarette au clair de lune, regarder avec toi l'océan se déchaîner les jours de tempête, souffrir avec toi, frémir avec toi. Car, tu le sais, l'amour qui nous unit tous deux sera toujours bien plus fort que celui qui unit deux amants. Car avec toi, j'aimerais pouvoir accéder à l'inaccessible, atteindre l'inatteignable, imaginer l'inimaginable ... Car le monde qui se présente à nous est bien différent de celui des autres. Toi, qui m'aime et me comprend, j'aimerais pouvoir te nommer, rien qu'une fois, mon meilleur ami ...

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Publié dans What Sarah Said

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C
<br /> Arg T__T C'est magnifique (combien de fois te l'ai-je dit ?) Si seulement tu avais l'occasion de me dire ces mots, moi Constant, x)Ou plutôt, celle qui a inspiré son prénom ... Seulement son prénom<br /> ? Je ne sais pas. Personne ne sait, hormis toi ...<br /> <br /> J'aime ce que tu écris<br /> J'aime Constant<br /> J'aime tes parents<br /> Je t'aime<br /> <br /> <br />
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T
<br /> Tu sais que j'adore tes textes et celui là aussi.<br /> Plus d'approfondissements seront apportés par un message Facebookien !<br /> <br /> <br />
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B
<br /> J'AIME, MAIS J'AIME T'IMAGINE MÊME, JE CROIS QUE J'AIME AUTANT (PAS PLUS FAUT PAS ABUSER NON PLUS) QUE LES MALHEURS DE SOPHIE, QU'ANTIGONE, QUE LES PHOTOS D'EVA ET DE STEFANO, QUE LA SCENE DE LA<br /> PLUIE DE MATCH POINT, OUAIS, RIEN QUE CA (et by the way je t'aime)<br /> <br /> <br />
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